Le Monument aux morts 1914-1918

Construction du monument aux morts de Villefontaine :

Dès 1919, la question d’un Monument aux Morts se pose au conseil municipal. Une délibération du 28 novembre de cette année fait le choix du projet proposé par M. MATHIEU, sculpteur à Bourgoin.
Après les élections municipales de 1920, le nouveau conseil reprend le projet du précédent et l’avalise le 27 septembre 1920. Le marché est signé le 1er octobre.

L’assise de 3m sur 3m avec des piliers aux angles, est en pierre de Villebois (commune de l’Ain, au bord du Rhône, à l’est de Porcieu-Amblagnieu). La colonne est en pierre de Nuits (Pierre de Bourgogne). Le coût initial est de 9600 francs, environ 10525 Euros.

Une convention supplémentaire est signée le 18 février 1921, après approbation par le conseil municipal le 15 Janvier, de travaux demandés par la commission artistique départementale. Elle porte sur les travaux suivants : élévation du dé* de la base, sculpture d’une croix de guerre, fourniture d’un coq gaulois en métal doré à la feuille, monté sur boule et de son assise en pierre moulurée, fourniture et pose d’une barrière en fer forgé. Le coût supplémentaire est de 2965 Francs. Le coût prévu est donc porté à : 12 565 Francs, soit 13 776 Euros.

Les travaux sont réceptionnés le 19 mai 1921.

Une délibération du 8 février 1922 indique un coût final de 13 164 Francs soit 14 739 Euros, après ajout d’une grille entourant le monument.

Pour avoir un ordre d’idée, en 1921, le salaire annuel moyen d’un ouvrier est de 4 735 Fr et un kilo de pain vaut un peu plus d’un franc.

La boule et du coq auraient été plusieurs fois dérobés puis remplacés. Le dernier vol aurait eu lieu en 2004. Le monument serait incomplet depuis cette période.

Les Villards inscrits sur le monument :

Vingt-six noms sont inscrits sur le monument.

L’un parmi eux pose vraiment problème. On ne trouve aucune trace de Jean BOURGUIGNON, que ce soit dans les registres militaires, les recensements ou l’état civil. En revanche, Joanny BOURGUIGNON portait aussi Jean comme prénom. Je fais donc l’hypothèse qu’une erreur a été commise et que BOURGUIGNON Joanny Jean est inscrit sous ses deux prénoms.

Il en reste donc vingt-cinq qui, tous, à un moment ou à un autre ont porté l’uniforme et dont on trouve l’itinéraire dans les registres matricules militaires.

L’un effectuait son service militaire depuis 1913. Dix-sept répondent à l’ordre de mobilisation générale du 1er Août 1914. Un, de la classe 1914, est mobilisé le 1er septembre 1914. Un autre s’engage en octobre 1914 et trois, de la classe 1916, sont mobilisés le 8 avril 1915. Enfin deux d’entre eux d’abord ajournés ou réformés sont déclarés bons pour le service par la commission de réforme.

Tous sont hommes du rang, à l’exception de Jean PILOIX, sergent et d’Alexis MOUTHIER, maréchal des logis. Mais ce dernier est cassé de son grade le 17 juillet 1915 et redevient simple soldat.

Dix-huit d’entre eux servent dans différents régiments d’infanterie. Quatre sont dans l’artillerie, deux dans la cavalerie et un est infirmier.

On compte neuf agriculteurs, six artisans, trois domestiques, deux ouvriers. Quatre ont des professions plus intellectuelles et un ne déclare pas de profession.

Seize ont entre vingt et trente ans à leur mort, sept ont entre trente et quarante ans et deux ont entre quarante et quarante-cinq ans.

Dix d’entre eux sont décorés de la Croix de Guerre, et deux ont en outre la Médaille Militaire.

Dix-neuf mourront ou seront portés disparus dans la campagne contre l’Allemagne : sept dans la Meuse, à et autour de Verdun, trois dans l’Aisne, deux dans le Nord et deux dans l’Oise et un dans chacun des départements ou région suivants : Somme, Marne, Ardennes, Meurthe-et-Moselle, Lorraine.

Un autre meurt à Trévise, en Italie, de maladie contractée en service, sur le front contre l’Autriche.

Cinq ne meurent donc pas au front :

Romain MARTIN : Ajourné pour faiblesse, puis reconnu bon pour le service armé le 23/10/1914, il arrive au corps le 16/12/1914, mais est réformé le 26/03/1915 pour “Bacillose pulmonaire”. Il meurt de maladie (tuberculose pulmonaire) le 27/10/1915 à Villefontaine.

Jean BELLEMIN-COMTE : Engagé volontaire le 16/10/14, il est réformé le 18/12/1915 pour dilatation gastrique accentuée et varices volumineuses. Il meurt à Johannesburg où il était cuisinier, le 11/05/1917. Son acte de décès est retranscrit dans le registre des décès de Villefontaine.

Élie AUMAGE : Frère du suivant. Mobilisé le 01/08/1914, il est classé service auxiliaire le 10/04/1915, puis réformé le 26/05/1915 pour hernie épigastrique. Il décède le 24/12/1917 à Vienne (38).

Louis AUMAGE : Frère du précédent. Ajourné en 1906 pour faiblesse, il est classé service auxiliaire en 1907 pour faiblesse puis réformé pour poids inférieur à 50 kg. Mobilisé le 01/08/1914. Il est classé service auxiliaire le 19/12/1914 et maintenu service auxiliaire le 29/09/1915. Réformé le 26/09/1917 pour “bacillose sommet gauche, râles humides”, il meurt de maladie le 12/04/1919 à Montpellier.

Charles THOMASSET : Incorporé le 01/09/1914, il est blessé le 09/05/1915 (plaie par balle jambe gauche) et est cité à l’ordre du régiment le 28/02/1917 : ” Agent de liaison actif et courageux. A assuré un service très dangereux, portant des renseignements à travers champs dans un secteur très difficile” Il quitte le front le 21/01/1918, probablement blessé ou malade. Il est réformé temporaire pour “pleurésie chronique de la base gauche” imputable aux opérations puis réformé définitivement le 19/01/1920. Il meurt le 11/05/1920 à St Genis-Laval.

Si l’inscription de THOMASSET sur ce monument ne paraît pas poser question, il n’en est pas de même pour les quatre autres.

Quelques mots sur Jean-Marie GUICHERD. Ce malheureux, né en 1891, avait été exempté en 1912, puis en 1914, étant déclaré « impropre au service ». Il est classé service armé par la commission de réforme du 04/04/1917 et rejoint le 29è BCP le 22/05/1917. Il passe ensuite au deuxième régiment de zouaves, puis au quatrième. Porté disparu le 29/08/1918 à Morlancourt (Oise), il est déclaré décédé (Mort à l’ennemi) à cette date par jugement du tribunal civil de Vienne le 01/07/1922, donc après l’inauguration du Monument.

Enfin, il est intéressant de noter que quatre de ces morts sont également inscrits sur un autre monument :

Henri GUIBIER, né à Villefontaine, mort en 1914 et inscrit sur le monument aux morts de St Bueil, où il habitait et travaillait comme meunier.

Benoît DIMIER, mort en 1917 et inscrit sur le monument aux morts de St Laurent de Mure, dont il était natif.

Claude DUPRAZ, mort en 1918 et inscrit sur le monument aux morts de St Jean-de Chevelu, dont il était natif. Il n’a pas été trouvé trace d’attaches à Villefontaine.

Charles THOMASSET, également inscrit sur le monument aux morts de La Verpillière, dont il était natif et mort en 1920 et non en 1918.

Population de Villefontaine au recensement de 1911 : 345, au recensement de 1921 : 433, dont 77 au quartier de « la Fonderie ».

Sources :

Documents ayant trait à l’érection du Monument aux Morts : Archives départementales de l’Isère, cotes 20554-1 et 20554-3

Registres Matricules Militaires (RMM) : Archives Départementales de l’Isère : http://www.archives-isere.fr/
sauf BOFF Jean et TRAMOLAY Henri : Archives départementales du Rhône : http://archives.rhone.fr/ et DUPRAZ Claude : Archives départementales de Savoie : http://www.savoie-archives.fr/
Fiches décès : Base des Morts pour la France de la première guerre mondiale, Ministère de la défense (SGA) :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/base_morts_pour_la_france_premiere_guerre/index.php